Butte
Une récente visite du parc des Buttes-Chaumont (1) a été l'occasion de remettre en lumière le sous-texte technologique d'un grand nombre de parcs d'agrément (sans l'invention du béton, pas de rocaille, par exemple) et de reposer une question cruciale : à qui s'adresse l'embellissement de la ville ? La décision d'embellissement - et les choix qui en découlent -, est encore, souvent, prise d'une façon unilatérale, sur la base de critères parfois difficiles à obtenir.
Londres, influence majeure des ingénieurs et concepteurs des années 1830-1870 qui forgèrent le parc parisien de Buttes, a été le site l'année dernière d'un exemple de manufacture paysagère fort intéressant. Au sortir des restrictions sévères liées à l'épidémie de Covid, le conseil municipal de Westminster décide de mettre les bouchées doubles pour relancer l'économie. Il mise sur l'attractivité de l'arrondissement - déjà bien pourvu en jolies choses -, et lance une réforme de l'espace public: élargissement d'une partie des trottoirs, création d'îlots de végétation le long de certaines chaussées et, à plus long terme, envisager la piétonisation d'Oxford Street. Une ligne du conséquent budget ad-hoc est orientée vers le tourisme culturel et s'accompagne d'une commande dont l'objet est précis: attirer de nouveau la population pour de nouveau la faire dépenser. La commande est confiée aux Hollandais de MVRDV qui répondent par la Marble Arch Mound, une une colline artificielle creuse, haute de 25 mètres et végétalisée. L'idée des architectes est d'appâter les visiteurs en jouant avec un double point de vue, un double décor. Le premier, au niveau de la rue, est celui de la butte géante, collée à Marble Arch et qui semble s'élever depuis - ou soulever -, un coin de Hyde Park. Le second est le paysage qui s'ouvre en haut de la colline, depuis le belvédère à 360° accessible après une volée de 130 marches.
La butte ressert une proposition de MVRDV pour le Serpentine Pavillion de 2004 : enterrer la Serpentine Gallery sous une colline artificielle. Le projet avait été rejeté en raison du coût de la structure qui aurait soutenu la construction. Moins onéreuse, la Mound est un enchevêtrement d'échafaudage bardé puis recouvert d'une couche de végétation. Elle est laissée creuse pour permettre, évidemment, la présence d'un café, d'un lieu de vente de produits dérivés et, plus surprenant, d'une salle d'exposition dont le contenu (2) a finalement peu à voir avec la grande motte. La butte est rêvée par la municipalité locale comme une nouvelle version de la High Line de New York, ou de la coulée verte parisienne.
L'ouverture précipitée au public ne laisse pas le temps à la végétation de prendre racine. La colline menace de s'épancher, devient dangereuse, ferme, puis rouvre une fois les plantes mieux stabilisées, avec entrée gratuite pendant un mois pour s'excuser.
De juillet 2021 à son démontage début janvier dernier, la colline aura accueilli 250 000 visites et un grand nombre de critiques. De la part du voisinage direct, pour qui la butte est une verrue qui bouche la vue, défigure l'arche et ses abords, et donc l'arrondissement. Un collectif de commerçants dénoncent l'arrogance d'une décision prise sans consultation des acteurs économiques du quartier, ni concertation avec la population générale. Au sein du conseil municipal, l'opposition labour pointe du doigt le triplement de la facture pour un résultat qui est loin de correspondre à la luxuriance vendue par les architectes. L'élu tory en charge du projet se voit contraint de démissionner. Mais de part et d'autre, on s'accorde sur une série de défauts de conception, pour certains fondamentaux, qui ont desservi le projet. Outre la faiblesse de l'arborisation, le belvédère n'a pas été posé assez haut, une partie de la vue restant masquée par les arbres vénérables du vieux Hyde Park.
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| la colline des Teletubbies, héhé ;) |
(1) Ce guidage conçu par @jean_luc_guide_conferencier est en tout point passionnant 🙏
(2) Lightfield, par l'artiste Anthony James, est un ensemble de cubes connectés connectés par des câbles ethernet qui simulent "l'interconnexion des racines d'une forêt de bouleaux".





c'est incroyable cette histoire ... jamais entendu parler avant ton poste ... bien sur les bandes de pelouse qui se décollent rappellent furieusement les "jardinières" de béton du rocher de nos buttes ... not to mention l'escalier et ses deux cent marches à l'intérieur ...
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