Autoroute

C'est une image publiée en septembre de l'année dernière. Prise du ciel, elle montre un impressionnant remblai, posé le long d'une autoroute dont il occupe les trois quarts de la largeur. La légende localise le remblai à Juprelle, au nord de Liège en Belgique, et précise que les débris résultent des inondations subies par cette région deux mois auparavant. On pense l'espace d'une seconde que l'eau-même a charrié les débris, mais le remblai est trop bien confectionné pour que ce soit le cas. 
 

L'autoroute s'appelle la A-601 et court sur cinq kilomètres. Elle a été ouverte en 1964 pour servir de délestage à deux autoroutes à débit très élevé. Sa construction avait entraîné la récupération de terres agricoles et enfermé le village de Milmort dans un triangle autoroutier. Etonnamment, la fréquentation de ce tronçon de délestage ne suit pas. La double voie est négligée par les automobiles et par les instances gouvernementales. Le défaut d'entretien de son revêtement conduit à sa fermeture aux derniers jours de 2015. La végétation s'est mise à pousser à travers le bitume et les panneaux de signalisation. Les animaux et les humain·es commencent petit à petit à s'y balader.

Du côté des pouvoirs publics, on discute d'un plan de réhabilitation qui permettrait de rouvrir le segment à la circulation, voire de l'inclure dans un projet de zoning (soit, en Belgique, une zone géographique dédiée à un usage industriel). Du côté des riverain·es, l'idée est considérée saugrenue pour une région déjà ankylosée par de nombreuses friches industrielles. On soutient la re-végétalisation du site et l'abandon de tout programme industriel ou routier. Arrive juillet 2021, où de fortes pluies et crues provoquent de violentes inondations et vont causer malheureusement de nombreuses victimes. Les dégâts matériels sont importants, les vallées de l'Ourthe et de la Vesdre estiment à plusieurs dizaines de milliers de tonnes la masse de débris à traiter une fois l'eau retirée. Le premier site choisi pour évacuer cette masse est donc l'A-601, qui atteint rapidement sa capacité d'accueil maximale. Une autre site va prendre la relève pour traiter la deuxième moitié de l'agrégat.

Wérihet se trouve sur une ancienne zone d'exploitation de charbon et attend une éventuelle requalification depuis, de ce que nous avons pu comprendre, 1953. Date à laquelle la municipalité de Liège décide de prévoir son remblayage afin d'éviter son démergement (soit son utilisation à des fins de drainage des eaux de la Meuse, plutôt que comme terre urbanisable). Depuis, plusieurs projets de transformation du site en zone de type économique ou industriel ont plus ou moins abouti. On l'a même proposé comme parking pour l'exposition universelle de 2017 lorsque Liège a déposé sa candidature et perdu face à Astana au Kazakhstan. 

 

Un peu plus d'un an après les inondations, les deux sites semblent avoir été en grande partie nettoyés. On annonçait 70% des débris triés et 30% incinérés, mais une partie impossible à cribler a certainement été enfouie. Se pose maintenant la question de la reconstruction. Les crues ont détruit des infrastructures publiques, industrielles, sportives, des logements, des ponts, des routes, des trottoirs, des berges. Faut-il refaire à l'identique sur une zone que l'on sait inondable ? Ou travailler d'abord la perméabilité des sols ? Ou encore laisser tomber et s'installer ailleurs ? Aucune idée. Aucune idée non plus Wérihet et l'A-601, si ce n'est, pour l'instant, un redevenir terre vague.

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