Parking
| La place Aristide-Briand en ce moment. |
Ailleurs comme à Grants Pass (Oregon), une partie de la population s'est récemment similairement mobilisée pour faire cesser l'emprise du parking sur l'immobilier, donc sur le cadre de vie. A l'origine, une loi passée en 1961 par Oakland (Californie) qui imposait une place de parking par unité de logement construite. Dans ces années d'après-guerre, l'automobile, à la fois l'industrie et l'accès à la mobilité, était l'un des axes majeurs de la politique urbaine. La production de véhicules à grande échelle a donné du travail, augmenté les possibilités de déplacement, consolidé le crédit à la consommation et, concomitamment, engorgé les axes de circulation et les voies respiratoires. Pour pallier aux embouteillages, on imagine logiquement la construction de nouvelles artères. Ainsi à New York (New York) en 1959, un projet d'autoroute, le Lower Manhattan Expressway, voulu par l'indéboulonnable Robert Moses, a failli déchirer le tissu urbain de Greenwich Village. On doit son abandon et la sauvegarde du quartier à une lutte longue et âpre, menée et remportée par les habitant·es, parmi lesquel·les l'urbaniste autodidacte Jane Jacobs. En 1967 à Paris, on réfléchit à la construction d'un réseau de rocades et de radiales reliées à un axe Nord-Sud qui aurait sectionné la ville depuis la porte d'Aubervilliers jusqu'à la porte d'Italie, et englouti le canal Saint-Martin. Il a été jeté à la poubelle, mais des traces de sa faisabilité ont persisté un bon moment parmi les penseurs de l'urbain.
Plus on attribue de surface à l'automobile, moins il en reste pour loger la population, et plus on fragilise les conditions d'habitation. Selon des données recueillies par le Parking Reform Network, 29% du centre-ville hors sous-sol de Salt Lake City (Utah) est attribué au stationnement des véhicules. Le taux est de 32 % à Las Vegas (Nevada), 35% à Wichita (Kansas), et grimpe jusqu'à 49% à San Bernardino (Californie). Le taux chute à 6% à Boston (Massachusetts), à 4% à San Francisco (Californie), et à 1% à New York (différentes réglementations, offre en transports publics, etc.). Comme l'explique le collectif, ces parkings « sont souvent regroupés autour des rues principales, des quartiers de bureaux et des centres historiques, créant ainsi une zone morte autour des zones les plus précieuses et les plus accessibles de la ville, ce qui limite la croissance résidentielle et commerciale. Les villes où le nombre de places de stationnement est élevé disposent de vastes terrains qui pourraient être consacrés à la construction de quartiers piétonniers, de parcs dynamiques ou de quartiers de bureaux ».
En 2013, Stone Librande, cocréateur de SimCity, rapportait qu'il avait abandonné l'idée de copier directement la réalité après s'être rendu compte de l'importance de la surface accaparée par les parkings. Il les a donc prémédités souterrains. « Nous avons des parkings dans le jeu, et nous essayons de les mettre à l'échelle. Si vous avez une petite épicerie, nous mettrons six ou sept places de parking sur le côté ; et si vous avez un grand centre de convention ou un grand stade professionnel, ils auront ce qui semble être de très grands parkings. Mais ils sont loin d'être ce qu'une vraie épicerie ou un vrai stade professionnel aurait. Nous avons dû faire de notre mieux pour que le jeu soit attrayant. » C'est pareillement ce que cherchent à éviter les activistes de la place Aristide-Briand : que le quartier devienne moche et chiant.


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