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Bogue

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Les vingt années qui ont mené le monde surtout blanc occidental vers le troisième millénaire ont été chargées en projets dont la symbolique de départ – le bug de l'an 2000 - s'est effondrée comme un vieux soufflet. Parmi eux, le Génitron, horloge atomique qui devait, depuis le cœur de la capitale française, décompter les secondes qui allaient mener l'humanité au seuil d'un nouveau monde. Reconstituée ici, l'histoire de ce flop combine deux voix : celle de la presse quotidienne nationale et celle de l'architecte François Scali, l'un des deux concepteurs – avec Alain Domingo, cofondateur de leur agence Nemo -, du Génitron. Le Génitron devant l'entrée du Centre Pompidou Imaginé en 1984, le compte à rebours met quelques années à trouver la technique idéale pour son mécanisme horloger de longue durée. Sans concours d'archi ni commande quelconque sur lesquels s'appuyer, Scali le co-inventeur se met en campagne pour trouver une institution prête à héber...

Balise

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A l'heure où le tarif du gaz domestique explose (pour qui y a accès), à l'heure où le ministère de l'intérieur n'en finit pas de lâchement détruire les abris des personnes à la rue, penchons-nous un instant sur un concours parrainé au début des années 1990 par le Forum Butagaz pour l'Architecture. On trouve au départ un prof d'archi, Chilpéric de Boiscuillé (de son vrai nom Jean François de Moncuit de Boiscuillé) qui cherche à faire réfléchir ses étudiant·es de l'Ecole supérieure d'architecture de Paris aux « nouvelles mobilités sociales et à l'espace qui en découle ». On est en 1991, le RMI est en place depuis deux ans, le monde du travail se transforme à coup de contrats à durée déterminé qui dé-sédentarisent les salarié·es, morcellent leurs journées de travail et les forcent à plus de mobilité pour espérer finir le mois. Et maintenir un domicile pour les plus chanceux·ses ou les mieux armé·es. Chilpéric ouvre les portes de l'éco...

Succession

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Les images des forces de police enlisées à Lützerath dans une boue résultant de leur utilisation outrée de canons à eaux sont savoureuses. La mine de Garzweiler, à l'origine de l'occupation du village allemand, présente également un grand intérêt pour qui s'intéresse aux mouvements de population, en l'occurrence aux personnes déplacées et remplacées par l'économie. Lützerath était occupé depuis deux ans par divers collectifs écologistes . La raison de cette occupation remonte à 2006, lorsque la Rheinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk (RWE) rachète le village afin d'agrandir la mine de lignite à ciel ouvert dont elle gère l'exploitation. RWE a obtenu cette concession en 1983, d'un gouvernement à la recherche de solutions pour réduire sa dépendance énergétique. L'exploitation du lignite, plus simple que celle du charbon, implique d'arracher le sol en surface pour récupérer le minerai fossile et le transformer en énergie dans des centrales thermiq...

Chlordécone

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Le site Mediapart rend disponible l'intégralité de l'ordonnance de non-lieu qui "en proclamant la nocivité du chlordécone", "sanctionne symboliquement le long déni des pouvoirs public français". A lire ici .

[atlas]

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Le Global Dentention Project a récemment mis en ligne une carter des centres de détention (1) qui retiennent des personnes migrantes. L'organisme en recense 1 330 dans le monde. La carte est manipulable dans quasi tous les sens, par grandes régions géographiques et par pays. La notice concernant la France date de 2018 et sera certainement mise à jour si la loi "Asile et immigration" va jusqu'au bout du processus législatif (2). La voici : " La France dispose de l'un des régimes de rétention administrative de l'immigration les plus anciens et les plus répandus d'Europe, qui s'étend de l'Europe continentale aux territoires d'outre-mer de l'océan Indien et des Amériques. Près de 47 000 personnes ont été placées en rétention en 2017, dont environ la moitié dans des établissements situés en territoire ultramarin. Le pays a budgétisé plus de 116 millions d'euros pour maintenir et développer son système de détention en 2019. Bien que la F...

Camp Ocelot

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Ça l'obsédait déjà en janvier. En août, Doug Ducey, gouverneur de l'Arizona, entreprend de boucher lui-même les trous, laissés en plan par l'administration Biden, dans le mur qui sépare les Etats-Unis du Mexique. Ducey veut en finir avec la criminalité et les trafics et invoque une « invasion » migratoire, terme qui l'autorise à prendre toute mesure pour défendre l'Etat. Il ne s'agit évidemment pas d'une invasion, mais d'une des conséquences de l'activation par Trump, au début de l'épidémie de covid, de l'article 42 du Code des Etats-Unis. Le Title 42 permet de bloquer l'entrée du pays aux personnes et aux marchandises pour des raisons sanitaires. Les cinquante points d'accès officiels répartis le long des 3 000 kilomètres de frontière sont bloqués depuis deux ans, obligeant celles et ceux qui y sont contraints à traverser à des endroits plus ou moins risqués et plus ou moins dangereux. C'est une entreprise de "gestion des u...

Miroir

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De celui-ci on ne peut pas dire qu'il est beau. Il a été posé fin octobre place du Palais-Royal, à Paris. Il dissimule le chantier de rénovation d'une partie du Louvre des Antiquaires (propriété de la Société foncière lyonnaise) qui doit accueillir la Fondation Cartier pour l'art contemporain. Le miroir recouvre trois côtés d'un quadrilatère posé pour masquer des échafaudages et des containers empilés. Le quatrième côté, face à la galerie marchande, laisse voir le chantier. L'auteur du cube-miroir s'appelle Jean Nouvel. Il a construit, il y a presque tente ans, le premier bâtiment de la Fondation Cartier, qui fait de nouveau appel à lui pour son deuxième local. On imagine qu'avec ce miroir à trois faces, Nouvel comme Cartier pensent offrir à la ville une plus-value esthétique, une manne à selfies. Fini les pâles Algeco qui encombrent et défigurent, place à l'effet miroir qui multiplie à l'envi la beauté architecturale du site. Processus connu, le re...