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Canal

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La construction de la version moderne du canal de Suez démarre en 1859, s'achève en 1869, et épuise plusieurs dizaines de milliers d'ouvriers égyptiens.  Photo Axelspace Corporation, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.     Physiquement, il s'agit d'un canal navigable qui relie la mer Méditerranée à la mer Rouge, relie ou divise selon le point de vue l'Afrique et l'Asie. Il mesure 193 km de long, entre 280 et 345 m de large et 22 m de profondeur. Administrativement, la concession octroyée en 1854 à Ferdinand de Lesseps par le gouvernement égyptien est établie pour 99 ans, l'Egypte récupérant 15% des bénéfices nets réalisés par la boîte mise en place par Lesseps. Quelques mois plus tard, le canal sera déclaré lieu de transit neutre pour tout navire marchand. L'histoire du canal et de son exploitation est une complexe histoire d'argent, de répartition de sa propriété et d'accords de navigation. La convention de Constantinople, signée en 1888 par...

Verticalité

Il y a vingt ans, Eyal Weizman, directeur de Forensic Architecture, dépliait les « politiques de verticalité » (1) mise en place par l'Etat d'Israël, une planification consciencieuse, une entreprise de colonisation de la terre, du paysage et de la mobilité. En voici les grandes lignes. Sans photos. Ce projet colossal de planification stratégique, territoriale et architecturale a été développé à partir de la guerre de 1967 et l'occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Le paysage et l'environnement bâti deviennent l'arène du conflit. Des colonies juives s'installent au sommet de collines surplombant le tissu dense et rapidement changeant des villes et villages palestiniens. De nouvelles frontières complexes sont inventées, comme les frontières temporaires établies par les accords intérimaires d'Oslo : l'Autorité palestinienne se voit confier le contrôle d'îlots territoriaux isolés alors qu'Israël conserve le contrôle de l...

Bogue

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Les vingt années qui ont mené le monde surtout blanc occidental vers le troisième millénaire ont été chargées en projets dont la symbolique de départ – le bug de l'an 2000 - s'est effondrée comme un vieux soufflet. Parmi eux, le Génitron, horloge atomique qui devait, depuis le cœur de la capitale française, décompter les secondes qui allaient mener l'humanité au seuil d'un nouveau monde. Reconstituée ici, l'histoire de ce flop combine deux voix : celle de la presse quotidienne nationale et celle de l'architecte François Scali, l'un des deux concepteurs – avec Alain Domingo, cofondateur de leur agence Nemo -, du Génitron. Le Génitron devant l'entrée du Centre Pompidou Imaginé en 1984, le compte à rebours met quelques années à trouver la technique idéale pour son mécanisme horloger de longue durée. Sans concours d'archi ni commande quelconque sur lesquels s'appuyer, Scali le co-inventeur se met en campagne pour trouver une institution prête à héber...

Balise

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A l'heure où le tarif du gaz domestique explose (pour qui y a accès), à l'heure où le ministère de l'intérieur n'en finit pas de lâchement détruire les abris des personnes à la rue, penchons-nous un instant sur un concours parrainé au début des années 1990 par le Forum Butagaz pour l'Architecture. On trouve au départ un prof d'archi, Chilpéric de Boiscuillé (de son vrai nom Jean François de Moncuit de Boiscuillé) qui cherche à faire réfléchir ses étudiant·es de l'Ecole supérieure d'architecture de Paris aux « nouvelles mobilités sociales et à l'espace qui en découle ». On est en 1991, le RMI est en place depuis deux ans, le monde du travail se transforme à coup de contrats à durée déterminé qui dé-sédentarisent les salarié·es, morcellent leurs journées de travail et les forcent à plus de mobilité pour espérer finir le mois. Et maintenir un domicile pour les plus chanceux·ses ou les mieux armé·es. Chilpéric ouvre les portes de l'éco...

Succession

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Les images des forces de police enlisées à Lützerath dans une boue résultant de leur utilisation outrée de canons à eaux sont savoureuses. La mine de Garzweiler, à l'origine de l'occupation du village allemand, présente également un grand intérêt pour qui s'intéresse aux mouvements de population, en l'occurrence aux personnes déplacées et remplacées par l'économie. Lützerath était occupé depuis deux ans par divers collectifs écologistes . La raison de cette occupation remonte à 2006, lorsque la Rheinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk (RWE) rachète le village afin d'agrandir la mine de lignite à ciel ouvert dont elle gère l'exploitation. RWE a obtenu cette concession en 1983, d'un gouvernement à la recherche de solutions pour réduire sa dépendance énergétique. L'exploitation du lignite, plus simple que celle du charbon, implique d'arracher le sol en surface pour récupérer le minerai fossile et le transformer en énergie dans des centrales thermiq...

Chlordécone

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Le site Mediapart rend disponible l'intégralité de l'ordonnance de non-lieu qui "en proclamant la nocivité du chlordécone", "sanctionne symboliquement le long déni des pouvoirs public français". A lire ici .

[atlas]

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Le Global Dentention Project a récemment mis en ligne une carter des centres de détention (1) qui retiennent des personnes migrantes. L'organisme en recense 1 330 dans le monde. La carte est manipulable dans quasi tous les sens, par grandes régions géographiques et par pays. La notice concernant la France date de 2018 et sera certainement mise à jour si la loi "Asile et immigration" va jusqu'au bout du processus législatif (2). La voici : " La France dispose de l'un des régimes de rétention administrative de l'immigration les plus anciens et les plus répandus d'Europe, qui s'étend de l'Europe continentale aux territoires d'outre-mer de l'océan Indien et des Amériques. Près de 47 000 personnes ont été placées en rétention en 2017, dont environ la moitié dans des établissements situés en territoire ultramarin. Le pays a budgétisé plus de 116 millions d'euros pour maintenir et développer son système de détention en 2019. Bien que la F...